Suisse (histoire)
La Suisse romaine et barbare
C'est à une tribu celte, les Helvètes, que la Suisse doit son entrée dans l'histoire. Les Helvètes, installés sur le plateau suisse avec pour voisins, à l'est, les Rhètes, un peuple probablement celte, furent conquis en 58 av. J.-C. par Jules César. La région fut appelée «!Helvétie!» au Ier siècle av. J.-C. et romanisée. Entre le IIIe et le Ve siècle, lors des grandes invasions, l'Helvétie fut conquise par les Alamans, puis par les Burgondes qui s'installèrent avec l'accord des Gallo-Romains dans le bassin du Léman et adoptèrent les mœurs des Helvètes.
Le Moyen Âge
Vers l'an 500, les Francs soumirent les Alamans et, trente ans plus tard, les Burgondes. Le territoire de la Suisse actuelle se trouva alors englobé dans le Royaume franc pour trois siècles. Le pays doit à ce peuple deux apports essentiels : le christianisme et la féodalité. Ce furent des missionnaires venus d'Irlande, Colomban, Gall, Pirmin, qui évangélisèrent les Suisses. Saint-Gall, fondée en 720, devait rayonner durant tout le Moyen Âge. Lors de l'éclatement de l'Empire carolingien au IXe siècle, le duché d'Alémanie, ou Souabe, intégra une partie de la Suisse, le sud-ouest étant incorporé au royaume de Bourgogne Transjurane. L'Alémanie puis, en 1033, la partie bourguignonne furent acquises par l'empereur Conrad II. Dès le XIe siècle, de nombreuses principautés laïques et ecclésiastiques apparurent sur le sol suisse. La plus importante fut celle des ducs de Zähringen, recteurs, au nom de l'empereur, de la Bourgogne, et qui furent de grands bâtisseurs de villes : Fribourg, Morat, Thoune, Berne, Yverdon furent fondées par eux.
La naissance de la Confédération
Trois communautés sont à l'origine de la Confédération. Les petits pays forestiers d'Uri, de Schwyz et d'Unterwald, les Waldstätten, situés sur les rives du lac des Quatre-Cantons étaient habitués à gérer leurs affaires dans des assemblées réunissant les habitants des vallées, les Landsgemeinden. Après 1200, la construction du pont du Diable, en ouvrant la route de l'Italie par le Saint-Gothard, avait intégré la Suisse au reste de l'Europe. Cela n'échappa pas à Rodolphe Ier de Habsbourg qui tenta de réaffirmer sa souveraineté sur la Suisse. Les Waldstätten en appelèrent directement à l'empereur pour s'y soustraire et eurent gain de cause. L'élection, en 1276, de Rodolphe Ier bouleversa cet équilibre. La crainte d'une intervention armée poussa les vallées à signer un pacte d'assistance mutuelle le 1er août 1291. Conglomérat d'individualités, la Confédération allait au XIVe siècle, adopter une politique systématique de soutien aux ennemis des Habsbourg, tandis que les cantons de Zurich, Glaris, Berne, Lucerne (1332) et Zoug se joignaient à la ligue, imités au siècle suivant par Fribourg et Soleure.
En 1315, les troupes des cantons utilisant pour la première fois une arme redoutable, la hallebarde, écrasaient les contingents des Habsbourg à Morgarten. Cette victoire transformait en État l'alliance défensive : en 1393, les huit cantons ratifièrent le «!convenant de Sempach!», première loi militaire de la Confédération qui interdisait aux cantons de s'engager seuls dans une guerre et réglementait le pillage. Les Suisses allaient dès lors chercher à agrandir leur territoire par les armes. Entre 1403 et 1440, les Uranais enlevèrent la Léventine, le val d'Ossola achevant de contrôler la route du Saint-Gothard. En 1415, l'Argovie tombait puis, en 1460, ce fut au tour de la Thurgovie.
La Suisse, puissance militaire
Appliquant le service militaire obligatoire pour tous les hommes de seize à soixante ans, les Suisses arrivaient à lever des armées plus fortes que celles des rois de France et, par intérêt économique et stratégique, offrirent leur services à l'étranger. Louis XI sut tirer parti admirablement des contingents suisses dans sa lutte contre le duché de Bourgogne. Charles le Téméraire fut battu trois fois par les Confédérés : à Grandson et Morat, puis en janvier 1477 sous les murs de Nancy où le Bourguignon trouva la mort. Entre-temps, en 1474, les Habsbourg avaient quasiment renoncé à leurs prétentions sur la Confédération et laissèrent la Suisse entrer dans le Saint Empire romain germanique.
En 1499, l'empereur Maximilien Ier de Habsbourg tenta d'abroger les droits acquis par les Suisses. Il fut battu dans la guerre qui s'ensuivit et, par le traité de Bâle du 22 septembre 1499, il dut reconnaître définitivement l'indépendance du pays. En 1513, Appenzell, Schaffhouse et Bâle avaient rejoint la Confédération. Les Suisses prirent une part active aux guerres entre l'Italie et la France. Les mercenaires soldés par la France réussirent à s'emparer des districts et des villes italiennes qui formèrent ensuite le canton du Tessin. Se rangeant tantôt du côté français, tantôt du côté de leurs ennemis, ils essuyèrent une grave défaite à la bataille de Marignan, en 1515, ce qui amena la Suisse à adopter une politique de non belligérance. En 1516, une paix perpétuelle était signée avec la France qui rattachait le Tessin à la Confédération et autorisait la France à lever en Suisse des mercenaires.
La Réforme
La Réforme protestante prit les proportions d'un cataclysme en Suisse, en amenant la rupture de l'unité religieuse du pays. En 1519, un curé de campagne Ulrich Zwingli se mit à dénoncer la vente des indulgences par l'Église catholique et à prêcher d'après la Bible. Six ans plus tard, Zurich adhérait et entraînait dans son sillage les villes alliées, Bâle, Berne, Schaffhouse. Vigoureusement soutenue par la classe des marchands, la Réforme s'appuya sur les prédicateurs français en rupture avec l'Église de France et qui trouvaient refuge à Genève. Sous l'impulsion de Théodore de Bèze et surtout de Jean Calvin, les protestants firent de Genève une citadelle réformée. Révoltés contre l'évêque catholique, les Genevois furent secourus par les Bernois, s'emparèrent de Lausanne et d'autres territoires du duché de Savoie. De 1541 à 1564, Genève fut le grand vivier de la branche calviniste du protestantisme. Alors que la Réforme triomphait, le catholicisme regagna du terrain en Suisse méridionale sous l'influence des jésuites et de l'archevêque de Milan, Charles Borromée. Restés neutres pendant la guerre de Trente Ans qui ravagea les pays germaniques de 1618 à 1648, la Suisse réussit à faire reconnaître ses frontières, lors de la signature de la paix de Westphalie.
Un État satellite de la France
À la fin du Siècle des lumières, la Suisse n'offrait plus qu'une image déformée de la nation démocratique qu'elle avait été. Les cantons étaient devenus des États patriciens. Aussi le message social et politique de la Révolution française reçut-il un bon accueil. Mais le puissant voisin avait des vues plus égoïstes. Engagée dès 1793 dans une guerre de conquêtes, la Suisse fut finalement annexée par le Directoire en 1798. Sur le modèle français, le révolutionnaire bâlois Pierre Ochs établit une république helvétique une et indivisible. La France devait l'exploiter sans vergogne et la situation devait évoluer avec l'arrivée au pouvoir deNapoléon Ier. Réaliste, le Premier consul imposa, en 1803, un Acte de médiation par lequel la Suisse redevenait une Confédération. Le Congrès de Vienne de 1815 reconnut la neutralité perpétuelle de la Suisse, dont le territoire fut agrandi jusqu'à vingt-deux cantons. Depuis lors, les frontières du pays sont restées inchangées.
La Suisse moderne
La période qui succéda vit la Suisse tenter de s'adapter à l'unification nouvellement acquise. Des conflits se produisirent entre les éléments oligarchiques et démocrates ainsi qu'entre les régions catholiques et protestantes. En 1847, les cantons catholiques formèrent une ligue, le Sonderbund, mais le gouvernement fédéral déclara que cet acte violait la Constitution . Une brève guerre civile devait s'ensuivre et durer vingt-six jours entre les troupes fédérales du général Guillaume Henri Dufour et les contingents du Sonderbund. La crise conduisit à la rédaction d'une nouvelle Constitution en 1848, qui accrut fortement les pouvoirs fédéraux. Elle fut suivie par la Constitution de 1874, toujours en vigueur. Depuis, la Suisse est restée l'État fédéral unifié que nous connaissons.
Une nation neutre
Fidèle à sa politique de neutralité, la Suisse ne prendra pas part aux deux conflits mondiaux qui ont ensanglanté l'Europe et le monde. En 1914-1918, la Suisse connut néanmoins des troubles en raison des sympathies affirmées de la population alémanique pour les empires centraux et des francophones pour les Alliés. Après une vague de grèves et de mouvements sociaux durement réprimés en 1919, la Suisse retrouva son rôle. L'administration centrale de la Croix-Rouge internationale, fondée en 1863, et celle de la Société des Nations (SDN) y eurent leur siège. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Suisse resta à l'abri du conflit. Les nazis, en 1940 et en 1943, eurent quelques velléités d'envahir le pays, mais l'armée commandée par Henri Guisan veillait et Hitler finalement renonça. La Suisse n'est pas adhérente à l'Organisation des Nations unies (ONU), car elle considère que certaines obligations faites à ses membres sont incompatibles avec une politique de neutralité. Conformément à cette ligne politique, la Suisse est membre de plusieurs agences affiliées à l'ONU et elle y a un observateur permanent. Elle fut membre de la Commission des nations neutres chargée de vérifier l'application de l'accord de cessez-le-feu en Corée en 1953, contribua au financement de la mission de l'ONU pour le maintien de la paix à Chypre et adhéra à l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) visant à réguler les échanges mondiaux.
En 1948, la Suisse adhéra à l'Organisation européenne pour la coopération économique (OECE). Elle fut membre fondateur de l'Association européenne de libre-échange (AELE) en 1959 et adhéra au Conseil de l'Europe en 1963. En 1992, la Suisse posa sa candidature à la Communauté européenne (maintenant appelée «!Union européenne!»), mais la retira ensuite afin d'éviter de violer sa neutralité.
Questions intérieures
En février 1971, la Suisse accordait aux femmes, pour la première fois, le droit de vote et d'élection. Dès 1979, plus de 10 p. 100 des sièges du Conseil national étaient détenus par des femmes. Un amendement pour l'égalité des droits fut approuvé par référendum en 1981, et un autre référendum, en 1985, donna aux femmes l'égalité légale avec les hommes dans le mariage. D'autres référendums, tenus dans les années 1980, conservèrent le système suisse de service militaire (1984), rejetèrent des restrictions sur l'avortement et sur certaines formes de contraception (1985), empêchèrent la Suisse d'adhérer à l'ONU (1986), renforcèrent la législation sur l'immigration et le droit d'asile politique (1987) et rejetèrent une proposition d'abolition de l'armée (1989).
Suite aux pressions internationales, la Suisse a assoupli sa position traditionnelle sur le secret des opérations bancaires et permis aux enquêteurs internationaux d'avoir accès aux comptes secrets lorsque des fonds étaient suspectés d'avoir été illégalement acquis ou utilisés. Après l'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine, en avril 1986, de grandes manifestations eurent lieu contre les cinq centrales atomiques et le programme nucléaire suisses. En conséquence de ces manifestations, le gouvernement suspendit en 1989 la construction d'une sixième centrale. L'année suivante, un référendum approuva un moratoire de dix ans sur la construction de centrales nucléaires.
En 1990, il fut révélé que la police de sécurité avait des dossiers secrets sur deux cent mille citoyens suisses. À la suite d'émeutes à Berne, les lois sur la sécurité de l'État ont été assouplies et de nouveaux règlements furent mis en œuvre pour le contrôle de la police de sécurité. En 1992, la Suisse décida d'abandonner des décennies d'indépendance pour adhérer à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI). En revanche, au mois de décembre de la même année, les électeurs suisses votèrent en masse contre l'adhésion à l'Espace économique européen. Le vote a été interprété comme un signe d'opposition manifeste d'un grand nombre de Suisses à l'adhésion à l'Union européenne qui a pourtant l'appui du gouvernement fédéral. En novembre 1993, les électeurs approuvèrent l'introduction d'une taxe à la valeur ajoutée pour aligner les structures d'imposition suisses sur celles des autres pays membres de l'Union européenne. Cette taxe avait été rejetée trois fois lors de référendums précédents.